Le football nigérian traverse une importante crise institutionnelle. Le président de la Fédération nigériane de football (NFF), Ibrahim Musa Gusau, a annoncé jeudi 27 août sa démission avec effet immédiat, lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’instance à Abuja.
« Après avoir consulté ma famille, mes amis et les parties prenantes du football nigérian, je tiens simplement à vous dire que j’ai décidé de démissionner de mon poste de président », a déclaré Ibrahim Gusau.
Dans la foulée, le secrétaire général de la NFF, Mohammed Sanusi, ainsi que les membres du comité exécutif ont également quitté leurs fonctions. Une démission collective qui ouvre une période de transition particulièrement délicate pour l’instance faîtière du football nigérian. Élu en septembre 2022, Gusau a indiqué avoir consulté son entourage avant de prendre cette décision, et aurait encouragé les autres membres du comité exécutif à faire de même.
Une fédération sous enquête
Cette démission intervient dans un contexte particulièrement tendu. La NFF fait l’objet d’une enquête du DSS, le service de renseignement nigérian, concernant l’utilisation présumée de 17 milliards de nairas (environ 10,9 millions d’euros) débloqués par le gouvernement en 2024 pour régler des arriérés dus aux joueurs et responsables des équipes nationales.
Un comité d’enquête a par ailleurs relevé plusieurs dysfonctionnements présumés : ingérences dans la sélection des joueurs, écarts de rémunération entre joueurs, entraîneurs et responsables fédéraux, ainsi que des soupçons liés à des fonds disparus lors d’un stage des Super Falcons au Maroc.
Tinubu veut réformer le football
Face à cette situation, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a ordonné une « réforme globale » du football national, censée permettre au Nigeria de « surmonter ses échecs répétés lors des qualifications pour les grands tournois régionaux, continentaux et mondiaux ». Les autorités évoquent des « faiblesses structurelles » dans la gestion du football, et la réforme doit porter sur la gouvernance, l’administration, la formation et les compétitions nationales.
Conscient du risque de sanctions de la CAF et de la FIFA en cas d’ingérence gouvernementale, Tinubu a demandé à la Commission nationale des sports de travailler avec les instances dirigeantes du football africain et mondial.
Des résultats sportifs préoccupants
La crise institutionnelle s’inscrit dans une période compliquée sur le plan sportif. Les Super Eagles ont manqué les Coupes du monde 2022 et 2026. Chez les femmes, les Super Falcons ont été éliminées par le Cameroun en quarts de finale de la CAN 2026, avant de perdre 2-1 contre l’Afrique du Sud dans le match décisif pour la qualification au Mondial féminin 2027 — une première absence historique pour le Nigeria dans cette compétition.
Le bilan Gusau comporte toutefois quelques résultats positifs : finale de la CAN 2023 pour les Super Eagles, et retour des Super Falcons aux Jeux Olympiques de Paris 2024 après seize années d’absence.
Une élection désormais incertaine
Cette vague de démissions intervient à quelques semaines des élections de la NFF, prévues le 27 septembre à Lafia, dans l’État de Nasarawa. Crise de gouvernance, résultats décevants et réforme annoncée : le football nigérian entre dans une période d’incertitude, et la prochaine équipe dirigeante devra restaurer la confiance et relancer les sélections nationales.
Hugues E. TOVIEKU
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