Dans sa chambre (entrer-coucher) et allongé sur son vétuste canapé, sa femme venue me croiser au Carrefour 4e Zone d’Amadahomé pour me conduire au domicile du couple Egbevor, souffle dans les oreilles de son mari « il est là  ! »…
Les sanglots d’un ancien footballeur international pour un manque de soin
Ce dernier soulève la tête, me regarde et commence à sangloter. A chaudes larmes. Le temps d’inviter la dame à m’asseoir au bord du fauteuil d’infortune de l’ancien défenseur international togolais Egbevor Koffi, et alors que sa femme prénommée Adjo lui répète, « Buse-Ila ne fais pas, ne fais pas », ma gorge, soudainement se retrouve nouée. Et c’est difficilement que j’entame les discussions avec Koffi dont je n’arrive même pas à saisir le sens de ce qu’il s’efforçait d’articuler, tellement il a presque perdu la parole.
C’est en ce moment précis que sa femme enchaine : « Le prénom Buse-Ila est aussi celui de mon époux » déclare-t-elle. Avant de continuer : « C’est souvent en syncope qu’il tombe à la maison. Mais la dernière fois, c’est au service en pleine garde que j’ai été appelée pour l’une de ses crises ». Autant dire que malgré son état d’épilepsie, son job consiste à servir dans ce marché d’agent de sécurité. Une obligation pour pouvoir joindre les bouts, éduquer, élever son garçon et s’occuper de sa femme.
Cet ancien footballeur, un défenseur brillant et polyvalent a vu tomber le ciel sur sa tête à un moment où son destin devait lui offrir la chance de sa vie. Ancien latéral droit de l’Etoile Filante de Lomé, il porte les couleurs d’Agaza Omnisports aussi, après avoir quitté les Bleus à la fin et au début des années 2000, en qualité de défenseur tout-court… Une rencontre des éliminatoires de la CAN des Eperviers du Togo à Tunis, contre les Aigles de Carthage l’a malheureusement perturbé dans sa carrière. Le Togo qui vient même de rétablir la jonction (1-1) suite à un coup franc vicieux de…Egbevor Koffi repris de la tête par Ouadja Lantame perd à 12 minutes de la fin du match son latéral droit. Touché sérieusement par un Aigle…
La Fédération togolaise de football (FTF) dont le chef de la délégation en terre tunisienne, se trouve être Sagbo Auguste, vice-président de l’instance sportive de retour à Lomé, repart en France pour tenter de soigner le genou fracturé de Egbevor. Les dirigeants de l’Etoile Filante, constatant qu’ils ne devraient aucunement lésiner sur les moyens ont dû offrir l’assurance-club pour contribuer au rétablissement de leur élément. Le fait, étant qu’au retour de l’escapade tunisienne, Egbevor Koffi, déjà sociétaire du club ghanéen Obuasi Godfield sur le papier, allait juste apposer sa signature. Un contrat juteux l’attendait et qui devrait changer son destin. N’étant pas sur le coup actif, la place du malchanceux défenseur est vite troquée par le portier bleu Nibombé Waké. Un épisode malheureux pour Egbevor, dont le train a démarré vers Obuasi, sans lui.
Une nouvelle trajectoire à prendre pour la suite de sa carrière
De retour des soins à Paris, le sociétaire des Bleus devient un Scorpion. Il intègre les Verts naturellement et ce qu’il garde, reste sa rigueur défensive et ses coups de patte meurtriers. Des qualités qui séduisent Mogas 90 et puis c’est presque la fin d’un épisode… La vie elle, poursuit son cours et le temps a passé… Le joueur prend sa retraite et s’ouvre des chemins qui finissent par le recoller à sa passion du football avec les anciens. A d’autres missions liées à la surveillance d’école et même d’un modeste entraineur comme celui de Bethel FC de Franciscain. Pour lui, les malheurs qui sont sans doute à ses côtés… la première responsable de ce club de quartier succombe, et il lui faut chercher un autre job à une période où l’enchaine…l’épilepsie.
Un couple complètement démuni
Dire que dans son infortune qui a entrainé celle de sa femme Adjo, une coiffeuse (obligée par la personne qui lui loue le salon, de vider les lieux) la dame qui se tuait à chauffer la marmite, les loyers qui s’accumulent et font aboyer leurs propriétaires, autant à la maison qu’au lieu de travail, d’où ce cri de détresse « SOS ! ».
Cette situation qui s’empire en ce moment, c’est depuis presque deux ans. Et contrairement à ses crises à la maison, la dernière est survenue à l’heure de ses gardes au marché d’où il fait office d’agent de sécurité. La suite est de madame Egbevor : « Intempestivement son mal pour le traiter, nous amène aux lieux de soins comme les CMS. Deux mois, même un mois après, une nouvelle crise peut survenir, et des fois, les soigneurs nous donnent les ordonnances et nous disent d’aller les acheter puis de revenir ».
Tout compte fait, Il serait superflu de faire comprendre au lecteur ici que ceci est si accablant et si humiliant pour quiconque. Et la situation malheureuse que vit la famille Egbevor, interpelle tout le monde. Du dernier sportif au premier sportif du Togo. Au risque de regretter la perte définitive d’un citoyen qui a servi son pays. Et qui, par amour pour le football, n’a pu couper les ponts avec cette discipline : souffrez que l’entraineur qui est passé dans l’histoire de Béthel EC de Franciscain ces derniers temps porte le nom, Egbevor Koffi Buse-Ila.